Ituri : L’OMS et le Gouvernement appellent à la solidarité internationale et refusent l’isolement par la fermeture des frontières

Face à la persistance de l’épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri, la mobilisation s’intensifie. Alors que le gros des cas reste concentré dans cette région, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les acteurs de terrain unissent leurs forces pour endiguer la propagation tout en lançant un appel pressant à la communauté internationale pour éviter la stigmatisation et la fermeture des frontières. Le Directeur Général de l’OMS Tedros Adhanom et le Ministre de la santé Roger Kamba l’ont exprimé lors d’un briefing organisé en ville de Bunia, chef lieu de la province de l’Ituri ce samedi 30 mai 2026.

La situation épidémiologique montre une concentration majeure des malades dans la province de l’Ituri, tandis que les provinces voisines affichent une situation plus maîtrisée, avec une vingtaine de cas dans le Nord-Kivu et de rares signalements dans le Sud-Kivu. Dans ce contexte, la gestion des pratiques culturelles, notamment lors des funérailles, demeure un enjeu crucial pour stopper la chaîne de transmission.

Le Directeur général de l’OMS a insisté sur la sensibilité de cette lutte, rappelant l’impact des traditions sur la propagation du virus :

« Ce dernier point est crucial : la perte d’un être cher provoque une immense douleur, je le répète, et augmente l’attachement des populations de l’Ituri à rendre hommage à ceux qui disparaissent. Mais lorsque certaines pratiques sont effectuées pendant le deuil, comme toucher le corps des victimes d’Ebola, cela peut entraîner davantage de cas et, malheureusement, davantage de souffrances. »

Au-delà des barrières sanitaires locales, l’OMS s’inquiète des mesures de restriction de voyage et de fermeture des frontières imposées par certains pays. Selon l’organisation, ces politiques d’isolement s’avèrent contre-productives et nuisent aux efforts de riposte.

« À tous ceux qui ont déjà contribué à la riposte, je leur dis merci. Un soutien accru est encore nécessaire. Et je demande également aux pays qui ont imposé des interdictions de voyager ou des fermetures de frontières de reconsidérer leur position. Ces mesures rendent la riposte plus difficile. Et elles découragent la transparence et la confiance qui sauvent des vies » a indiquéle DG de l’OMS.

Malgré ces défis, l’appui logistique et humain se déploie rapidement. Sur le terrain, la présence internationale s’est matérialisée dès les premières heures de la déclaration officielle de l’épidémie, notamment à travers l’acheminement de frets humanitaires essentiels témoigne le Ministre delasanté en RDC.

« Alors maintenant, oui, nous avons beaucoup de soutien de la communauté internationale. L’OMS ici… Moi, je suis arrivé ici deux jours après la déclaration, et déjà j’étais venu avec le premier cargo apprêté par l’OMS. C’est pour montrer que la communauté internationale en général, et les agences des Nations Unies en particulier, nous soutiennent beaucoup. »

L’OMS s’engage sur le long termeL’OMS a réaffirmé qu’elle ne quitterait pas la région une fois l’épidémie maîtrisée. L’objectif est de laisser un système de santé durable, doté d’infrastructures renforcées pour les populations locales a ajouté Tedros Adhanom

« L’OMS restera aux côtés de ses partenaires en RDC, aux côtés du gouvernement en RDC et des communautés que nous servons aussi longtemps que cela sera nécessaire. Et nous serons encore présents après, fidèles à notre engagement de protéger et promouvoir la santé de toutes les populations, y compris celle de l’Ituri. Nous le ferons en travaillant ensemble pour mettre fin à cette flambée et en laissant derrière nous des agents de santé, des hôpitaux, des laboratoires et des ambulances qui serviront aux populations de l’Ituri pendant de nombreuses années encore. »

Forts de la gestion réussie de précédentes crises sanitaires dans le pays, les experts locaux demandent aux institutions et gouvernements étrangers de faire confiance aux mécanismes de riposte mis en place en RDC plutôt que de céder à la panique.

« Ce que je voudrais peut-être au niveau international, parce que vous demandez qu’est-ce qui pourrait nous manquer, c’est le soutien au niveau des institutions ou de tout gouvernement. Parce que nous avons l’expérience des épidémies. Je vous rappelle que nous avons vaincu Mpox, qu’on croyait être une épidémie qui allait aussi aller au niveau international. Nous avons vaincu Ebola l’année dernière au Kasai. Et nous disons : « Ben écoutez, faites-nous confiance, ne fermez pas vos frontières parce que nous savons ce que nous faisons.» a plaidé le Ministre.

Joseph Kisuki

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *