
Un geste rare et lourd de symboles. Devant la Direction générale de la Minière de Bakwanga (MIBA) à Mbuji-Mayi, plusieurs femmes âgées issues de la communauté Bakwanga ont choisi de se déshabiller publiquement lors d’un sit-in pour exprimer leur indignation face à un conflit foncier qui les oppose à l’entreprise minière.
Dans certaines traditions africaines, ce geste est considéré comme une forme ultime de protestation, souvent utilisé par des femmes pour dénoncer une situation jugée profondément injuste ou humiliante. À Mbuji-Mayi, les manifestantes ont voulu ainsi attirer l’attention des autorités et de l’opinion publique sur leurs revendications liées à des terres qu’elles considèrent comme un héritage ancestral.
Les protestataires accusent la MIBA d’occuper des espaces qui, selon elles, appartiennent traditionnellement à leurs communautés. Elles demandent à l’entreprise de fournir les documents officiels démontrant que ces terres lui ont été légalement attribuées.
Pour les représentants coutumiers Bakwanga, cette affaire dépasse une simple question foncière. Ils évoquent une dette morale envers leurs ancêtres et affirment que plusieurs engagements pris dans le passé concernant la restitution de certaines terres après exploitation n’auraient jamais été respectés.

« Nos terres ne peuvent pas disparaître sans explication », estiment les représentants communautaires, qui appellent à une clarification définitive de la situation et à une reconnaissance des droits des populations locales.
Cette manifestation n’a toutefois pas laissé l’opinion indifférente. Si certains observateurs comprennent ce geste comme l’expression d’un profond désespoir face à une revendication qui tarde à trouver une solution, d’autres dénoncent une pratique jugée choquante et contraire aux normes culturelles de plusieurs communautés en RDC.
Les chefs coutumiers Bakwanga demandent désormais l’intervention directe du président Félix Tshisekedi. Ils souhaitent l’organisation d’une table ronde réunissant la MIBA et les représentants des peuples concernés afin de parvenir à un accord durable et éviter une escalade des tensions.

Cette mobilisation intervient quelques semaines après la suspension des opérations de lotissement sur un terrain disputé entre la MIBA et les communautés Bakwanga. Malgré cette suspension, le dossier reste sensible et continue d’alimenter les inquiétudes des populations qui réclament une solution définitive.
Au-delà du cas de Mbuji-Mayi, cette affaire relance le débat sur la coexistence entre les droits fonciers coutumiers, les intérêts économiques des entreprises et la protection des communautés locales en République démocratique du Congo.
Ahadi Ibrah