Crise dans l’ASBL Kyaghanda Obughuma Bw’aba Yira: Un ancien animateur de cette structure tente d’étayer les causes, les conséquences et les solutions.

Edgar Katembo Mateso (EKM), ancien secrétaire Général du Kyaghanda Asbl « Obughuma bw’aba Yira » et ex Secrétaire Permanent du Comité International de Pilotage de la même ASBL a accordé une interview à Radio Télévision Victoire Horizon, RTVH, à Butembo, cette semaine. L’homme de la communauté « Yira/Nande » a tenté d’analyser la crise qui caractérise cette ASBL depuis plusieurs années, avant d’en proposer des pistes de solutions. plumedukivu.net vous propose l’intégralité de cette interview à consommer avec attention soutenue.

RTVH : Mr Edgar Mateso, vous avez un jour dirigé le Kyaghanda Yira. Il s’observe une crise au sein de cette structure.

EKM : Je suis Edgar Katembo Mateso, Secrétaire Général Honoraire du Kyaghanda Asbl « Obughuma bw’aba Yira » de 2013 à 2016 après avoir assumé le poste de Secrétaire Permanent du Comité International de Pilotage, CIP, de 2009 à 2013. La crise à laquelle on assiste aujourd’hui date de longtemps. A son temps, même le Père Vincent Machozi, l’Honorable Shangilia et John Walaka en ont été victimes, chacun en sa manière.

RTVH : Comment percevez-vous l’ampleur et la nature de la crise actuelle qui sécoue le Kyaghanda Yira?

EKM : Le vrai problème au sein du Kyaghanda est un problème de texte et de leadership. Et s’il n’est pas résolu, nous continuerons à assister au pire. Je crains que ceci ne nous conduise à l’irréparable au regard du comportement actuel des uns et des autres.

RTVH : Selon vous, quelles peuvent être les causes profondes et structurelles de cette crise ?

EKM : Lors du travail de la révision des textes statutaires en 2013 à Kyondo et en 2014 à Butembo, il a été constaté l’insertion d’un article (Article 50) problématique sur « l’Autorité Morale », de tous les Yira du monde, disposition que nombreux n’ont pas pu tolérer. Il s’agissait de l’Ir Balinande Musavuka, Président honoraire suspendu du Kyaghanda Kinshasa, dont le nom était nommément cité dans l’exposé de motif. Curieusement, même après avoir élagué cette disposition, elle est réapparue de manière frauduleuse dans le texte notarié à Oicha 2014 sous une nouvelle appellation : « Père de l’Union ». Depuis 2019, un bicéphalisme s’est instauré à la suite d’une désignation irrégulière d’un comité parallèle par l’autoproclamé « Père de l’Union », tentative qui avait avorté au temps de Père Vincent Machozi. Des suspensions, des emprisonnements, des bagarres, etc. s’en sont suivi. Ce que vous appelez aujourd’hui crise au sein de cette structure communautaire c’est juste les effets secondaires, mieux les conséquences périphériques de ce conflit latent qu’on n’a pas pu résoudre dès le départ. A vrai dire, il s’agit d’un conflit de positionnement et de leadership de ceux qui se disent initiateurs et propriétaire de toute communauté que le Kyaghanda Kinshasa avait dénoncé depuis 2008. C’est dire que, le nœud du problème qui divise les membres de cette structure peut être résumé en quatre points :

1°) La question de l’autoproclamé « Autorité Morale » de tous les Yira, et « Père de l’Union », à la personne de l’Ir Balinande Musavuka (Cf. Art 50 des statuts). Celui-ci voulait ou continue à insister qu’il soit reconnu sous ce titre honorifique et monte toutes ses stratagèmes pour que cette disposition ne soit pas élaguée du texte, malgré l’insistance d’une élite éclairée, estimant que la seule autorité de la communauté est le chef coutumier de chaque clan ;

2°) L’épineuse collaboration entre le Kyaghanda et le Obusinga Bw’eRwenzururu de nos frères Konzo de Kasese/Ouganda que d’aucuns considéraient ou continuent à considérer comme dangereuse pour l’intégrité nationale de la RDC. L’autoproclamé « Père de l’Union » a fini par faire nommer dans son camp une Ministre dans ce Royaume aux appétits expansionnistes. Mais déjà à son époque,l’équipe de Père Vincent Machozi craignait que le Kyaghanda devienne un tremplin de balkanisation du pays.

3°) La crise de rapprochement entre le Kyaghanda Yira avec nos frères et sœurs des Vyaghanda Nande de Goma, Kinshasa, Lubumbashi et une grande partie de la diaspora. Ceux-ci n’arrivent pas à comprendre comment le camp Balinande préfère renforcer la collaboration avec les Konzo de l’Ouganda, mais s’opposent à tout rapprochement avec les nande des Vyaghanda précités. Le « Père de l’Union » a fait la guerre contre toute personne qui critiquait ce rapprochement : le Comité de Père Machozi (dont le mandat avait été épuisé par l’Honorable Shangilia) et le Comité de John Walaka (assisté de Jules Vayikehya).

4°) Enfin, la dénomination elle-même : Yira ou Nande. La diaspora préfère s’afficher sous l’appellation Kyaghanda nande, tandis que localement on parle de Kyaghanda Yira. Une question qui était en voie de trouver solution par la tentative d’unification de ces vyaghanda.

Aujourd’hui on vous avance des arguments du genre « des acteurs politiques ne doivent pas diriger une ASBL » alors que ce sont les mêmes qui les ont placés à ces postes par voie démocratique en 2019 juste après les élections politiques de 2018 auxquelles ces « politiciens » ont participés comme candidats. D’ailleurs les mêmes agitateurs les ont accompagnés sur le terrain de la compagne électorale.

Ceux qui sont en prison à sont accusés de collaborateurs avec les ADF et M23. Soit. Mais pourtant tout le monde les a vu avec la délégation de la maison militaire du Chef de l’Etat et les autorités locales dans le but de conscientiser et d’organiser les Wazalendo en une Synergie pour combattre les agresseurs du pays en renfort aux FARDC. Posez-vous la question de savoir pourquoi les premiers animateurs du Kyaghanda venant de la diaspora (Ir Balinande Musavuka de Kinshasa et Hangi Bin Talent du Canada) sont toujours les mêmes depuis 2008 jusqu’à nos jours. Est-ce que dans leurs continents il n’y a pas d’autres qui aiment leur communauté ? Pourtant, tous deux, suspendus de leurs Vyaghanda depuis 2009 !

RTVH : Quelles sont, selon vous, les premières mesures à prendre pour sortir de la crise?

EKM: J’invite la notabilité locale, notamment les leaders religieux et politiques, de ne pas négliger ce problème au regard de son ampleur. Ils doivent s’impliquer dans la recherche d’une solution durable avant que le pire ne soit observé. Après tout c’est la communauté qui en souffre. Leur indifférence risque de cristalliser la situation et l’ennemi pourra en profiter. Ce qui me semble urgent c’est la réconciliation de deux camps : celui de l’Ir Balinande qui se veut conservateur et celui de Jules Vayikehya qui se réclame réformatrice sur les traces de feu Père Vincent Machozi.

RTVH: M. Edgar Katembo Mateso, mercie d’avoir repondu à nos questions.

EKM: C’est moi qui vous remercie pour la confiance renouvellée.

Interview de RTVH

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