
Vingt-huit ans après les massacres de Kikyo, en ville de Butembo, les survivants continuent de vivre avec des blessures profondes, dans un silence que beaucoup jugent assourdissant. Aucune justice rendue, aucune réparation, ni véritable assistance : le sentiment d’abandon domine chez les familles des victimes.
Parmi elles, une veuve, aujourd’hui marquée à vie, livre un témoignage poignant sur le drame qui a bouleversé son existence en 1998. Son époux, enseignant de profession, a été tué sous ses yeux alors qu’ils tentaient de fuir la violence.
« Nous voulions simplement sauver nos vies. Nous étions presque arrivés à la limite, mais ils nous ont rattrapés. Mon mari a été tué sur place », raconte-t-elle avec émotion.
Dans cette même attaque, son fils a été grièvement blessé. « Ils lui ont coupé une main. Il est encore en vie, mais il vit aujourd’hui avec un handicap et dans un profond désespoir », ajoute-t-elle.
Depuis ce jour, la vie de cette famille n’a jamais retrouvé son équilibre. Au traumatisme s’ajoute une situation sociale difficile, aggravée par un conflit autour de la parcelle où repose le défunt. « Même l’endroit où nous avons enterré mon mari est aujourd’hui en problème. Nous n’avons pas de paix », déplore la veuve.

Au-delà de sa propre histoire, elle dénonce l’inaction des autorités face à la gravité des crimes commis à l’époque. « Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons reçu ni justice, ni réparation, ni même de simples condoléances. C’est comme si ce que nous avons vécu n’avait aucune importance », regrette-t-elle.
Les séquelles psychologiques restent également très présentes. « Les images de ce jour ne me quittent pas. Elles affectent ma vie chaque jour », confie-t-elle.
À travers ce témoignage, cette survivante lance un appel pressant au gouvernement congolais : reconnaître les faits, accompagner les victimes et engager des mécanismes de justice et de réparation.Vingt-huit ans après les massacres de Kikyo, la mémoire reste vive à Butembo. Pour les rescapés, le temps n’a pas effacé la douleur, et l’attente de justice demeure une urgence.
Hermaine Kasienene