
Ouverture, ce Mercredi 12 Novembre 2025, du procès sur les crimes commis en RDC par l’ex-rebelle congolais Roger Lumbala pendant le drame d’un des conflits les plus meurtriers du XXIe siècle. Ce procès se déroule en France où Roger Lumbala est incarcéré depuis 2020. Selon l’Agence France Presse, AFP, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Il est spécialement poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité. L’affaire devra durer au moins un mois, avec les témoignages attendus de dizaines de victimes, devant la Cour d’assises de Paris. La justice française reproche à Roger Lumbala, aujourd’hui âgé de 67 ans, les crimes commis en République Démocratique du Congo en 2002 et 2003 en Ituri et dans le Haut-Uélé par son mouvement rebelle du RCD-N, Rassemblement des Congolais démocrates-National, soutenu par l’Ouganda voisin, et qui comptait parmi la dizaine de groupes alors en guerre dans le Nord-est de la RD Congo.
Ces exactions ont été perpétrées lors d’une offensive contre des mouvements pro-gouvernementaux, baptisée « Effacer le tableau » et menée conjointement avec son allié du Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’actuel ministre congolais Jean-Pierre Bemba. Outre la lutte contre les forces loyales au président de l’époque Joseph-Désiré Kabila, cette opération visait à « mettre la main sur les ressources naturelles » de la région, selon le rapport « Mapping » de l’ONU publié en 2010.
Elle a donné lieu à de nombreux crimes : exécutions sommaires, travail forcé, tortures, mutilations, pillages, ainsi que des viols de femmes. Ceux-ci ont été utilisés comme « instruments de guerre » par des combattants qui se désignaient comme « les effaceurs« , selon les magistrats instructeurs français qui avaient lancé leurs investigations en 2016.
Les femmes Nande et pygmées Bambuti, deux communautés soupçonnées de pencher du côté d’un groupe armé pro-Kinshasa, le RCD-ML, ont payé un lourd tribut. Ephémère ministre durant la période de transition entre 2003 et 2005, puis candidat à la présidentielle en 2006 avant de reprendre le chemin de l’exil, Roger Lumbala, qui a expliqué durant l’enquête qu’il n’était alors qu’un « homme politique n’ayant disposé d’aucun militaire sous ses ordres« , contestera sans doute la compétence de la justice française.
Les juges d’instruction, qui le décrivent comme « un chef de guerre à la tête de forces armées » ayant laissé les combattants « sous son autorité et son contrôle commettre des crimes contre l’humanité« , l’ont poursuivi au titre de la compétence universelle.
Celle-ci permet de juger les auteurs de tels crimes même s’ils sont commis dans un autre pays.
Patrick Kalungwana