
Le rappeur Damso est sorti de son silence face à la situation socio-économique et politique que traverse la RDC interpelle le Président Félix Tshisekedi sur la situation critique vécue au pays.
Dans une déclaration intitulée « Message au Président de la RépubliqueDémocratique», cet artiste musicien d’origine congolaise, mais vivant dans la diaspora, dit avoir écrit ce message pas comme un adversaire mais comme un fils du pays, un pays maudit par la corruption.
« Excellence, Monsieur le Président, je vous écris non pas en adversaire, ni en opposant par posture mais en fils de la République, en témoin du désastre, en membre d’une diaspora qui porte dans sa chair la honte, la colère et la douleur de voir son pays trahi non par ses ennemis mais par ceux qui avaient juré de le servir. Je vous écris au nom de cette jeunesse dispersée, éparpillée, qui aime encore le Congo malgré la distance, qui rêve encore d’un pays digne, debout, souverain mais qui se réveille chaque jour dans la désillusion d’une nation riche mais pillée, vaste mais abandonnée, béni par Dieu mais maudit par la corruption des hommes » a-t-il écrit.
Damso revient également dans cette déclaration sur les promesses non tenues de Félix Tshisekedi en matière de justice et de lutte contre la corruption, car, observe l’artiste, la corruption s’est bien installée dans les institutions de la République.
« Vous aviez promis un État de droit mais la justice est devenue un marché. Elle ne juge plus, elle négocie. Elle protège les puissants et écrase les pauvres. Nos prisons sont pleines de voleurs de pain, tandis que les voleurs du pays écrivent les lois. Vous aviez promis la fin de la corruption. Mais elle n’a jamais été aussi visible et aussi arrogante. Elle a changé de costume mais pas de visage. Elle siège dans les ministères, signe les décrets et se cache derrière les alliances politiques. Pendant ce temps, le peuple crie et personne ne répond » poursuit-il.
Parlant de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, ce rappeur déplore que les morts continuent d’être enregistrées malgré les discours tenus à Kinshasa, et dénonce la porosité de frontières de la RDC.
« L’Est du Congo, Pendant que les discours se multiplient àKinshasa, les bombes tombent sur Goma, Beni et Ituri.Des familles entières disparaissent, des femmes enterrent leurs enfants dans le silence. Nos frontières sont ouvertes comme nos plaies. Le sang de l’Est est devenu une marchandise et la souffrance un fonds de commerce » dénonce t-il.
Parlant du système de santé, il fustige le fait que malgré les richesses du pays, les lois causent encore problème avec de détournement sans pareille.
« Dans un pays au sous-sol inestimable, certains hôpitaux fonctionnent encore à la bougie. Le Congo fait avancer le monde par ses richessesmais n’a pas les moyens de soigner ses propres enfants. Les budgets de santé disparaissent dans des poches sans conscience. Celui qui vole l’argent des malades ne trahit pas seulement l’État, il trahit la vie elle-même » a-t-il écrit.
Tout en félicitant le chef de l’Etat pour la gratuité de l’éducation, il déplore que cette gratuité n’a pas été encadrée du fait du non-respect du personnel enseignant.
« La gratuité de l’école fut un bel espoir mais sans enseignants payés, sans encadrement ni respect du corps enseignant, elle n’a produit qu’illusions et désordre. Nos enfants apprennent dans des conditions indignes. Un État qui méprise l’éducation compromet son avenir et celui de son peuple » a écrit cet artiste.
« La corruption est devenue la langue officielle du pays.Chaque rapport de l’Inspection Générale des Finances est un scandale étouffé. Tout le monde sait. Tout le monde se tait. Tout le monde profite » denonce cet artiste.
L’auteur de « Amnésie » a également décrié la pauvreté extrême dans laquelle la population congolaise vit alors que dans des rapports il y a la croissance économique.
« Les rapports parlent de croissance mais le peuple Congolais survit avec moins de deux dollars par jour, pendant que les ressources nationales enrichissent d’autres nations.
Le pays est riche mais l’État est pauvre et l’État, c’est le peuple » interpelle Damso. »Excellence Monsieur le Président, ce message n’est pas une insulte, bien au contraire.C’est un cri sourd, né de la fatigue d’un espoir qui s’éteint mais ne renonce pas.Je n’écris pas avec haine mais avec la douleur de celui qui a trop cru et qui espère encore voir son pays natal se relever » précise-t-il.
« Le Congo n’a plus besoin de promesses, il a besoin d’une gouvernance honnête, juste et déterminée. Il est encore temps de redonner foi au peuple avant que l’espoir ne se taise à jamais. Pour nos martyrs. Pour nos mères.Pour nos enfants.Pour l’âme du Congo. Respectueusement mais fermement, Un fils de la diaspora congolaise. » chute cet artiste musicien.
Son message a créé un débat sans pareil sur les réseaux sociaux, si certains le soutient, les autres estiment qu’il n’a pas reconnu les efforts de Félix Tshisekedi dans la gestion de la RDC.
Joseph Kisuki