
Voici ce que devient Vendredi à Butembo, dès 07 heures à 11 heures, depuis le Communiqué officiel N°3072/VB/03/J038/2026, signé par le Maire de Butembo le 22 Janvier 2026.
Avant tout, retenons le contenu de ce autoritaire. On peut retenir que l’autorité urbaine informe que tous les habitants de Butembo doivent participer aux travaux communautaires dit Salongo prévus chaque Vendredi de 07 heures à 10 heures. Bien plus, le Commissaire supérieur principal Mowa Baeki-Telly Roger y demande aux Chefs d’Avenues, de Rues et de Cellules de superviser, sous l’égide des Chef de quartiers, ces travaux. Ces chefs de base sont, dorénavant, selon le même document officiel, appelés à mobiliser hebdomadairement la population pour le bon déroulement du Salongo programmé dans les entités de base. Le Maire prévient que pendant ces travaux, toute circulation routière ou activité commerciale n’est autorisé à l’exception de quelques catégories de personnes. Le communiqué de l’exécutif urbain cite les ambulanciers, les conducteurs de corbillard, les serviteurs de Dieu en mission pastorale, les membres des délégations officielles, les médecins, les enseignants, les étudiants, les élèves et toute autre personne accréditée. Mais attention, le Maire ne détermine pas qui est cette personne accréditée. Ce qui crée le flou dans le chef de certaines autres gens qui se reconnaissent avoir des urgences pour aller au boulot, telles les journalistes, des restaurateurs, etc. La mise en garde du communiqué du maire « les agents de l’Etat sont instruits à se joindre aux habitants de leurs cellules de résidence et doivent se présenter au service à partir de 10 heures ».
Mais voici la réalité de Vendredi : Le coq chante, tout le monde se réveille et veut se préparer à aller travailler. Mais une conscience arrive. Tout le monde se rappelle qu’il y a Salongo. Ceux qui sont permis d’aller travailler y vont. Mais ils sont obligés quand même d’être accompagnés par les non-permis. Exemple : Taximen-apprenants ou taximen-accrédités, des conducteurs de corbillard et d’ambulance qui font infiltrer des gens dans leur véhicule pour les parvenir à destination. Ces gens-là ne sont ni morts, moins encore morts ou endeuillés. Au sujet d’autres concernés par le Salongo, on reste à la maison en train de faire le lézard, soit ça devient une occasion de cuisiner le matin, pour ceux qui n’ont pas l’habitude de manger chaque matin, une occasion de laver ses habits, d’aller saluer les voisins, de faire un passe-temps, d’aller jubiler à l’Eglise ou de se faire un pauvre travail à la maison comme se distraire au téléphone, etc.
Pourtant le Salongo, comme on le sait depuis Mobutu Seseseko, Président de l’Ex-RDC, que beaucoup qui me lisent n’ont pas connu, a un sens communautaire : On se met d’accord, en groupuscule, avec le soutien de l’Etat, pour aménager ou assainir ou encore construire ce qui peut être un pont, une avenue, une rue, un canal, nettoyer un bureau de quartier, un édifice de l’Etat, etc. Ce qui est contraire à Butembo. Peut-être ailleurs aussi, sauf, on le sait bien, là chez l’AFC/M23 qui châtie bien les négligents des travaux communautaires. A Butembo, on ne fouette pas.
Pendant ce temps, les policiers de roulage sont sur le terrain, dès l’heure. Mais pour quelle affaire ? Réponse : barricader la voie publique sur la grand-route dans les points chauds de circulation au centre de la ville. On ne sait même pas l’objectif de cette obstruction qui frappe des fois les exemptés du Salongo de Vendredi. On a même vu aujourd’hui, curieusement, un policier qui a exigé « le madesu ya bana », une piètre corruption, pour accorder passage à un quidam. Est-ce que le communiqué du Maire autorise ça. En restant sur la router barricadée, au lieu de recommander aux passants de travailler communautairement, on leur demande plutôt de passer par des déviations. Le communiqué du Maire parle-il de ces passages outres ? Peut-être que c’est pour protéger les balayeurs qui sont en action sur le goudron. Mais apparemment, non. Parce que leur travail est quotidien, pas seulement pour Vendredi, sauf nouvel avis contraire. Une autre curiosité, c’est que, j’ai vu beaucoup de structures de conducteurs de taxi moto se réunir, oui se réunir même là où la police de circulation routière interdisait le passage en faveur du Salongo. C’est devenu un Vendredi des réunions d’associations au lieu des groupuscules de Salongo.
Aucune police pour faire respecter le Salongo. Le devoir donné par le Maire, aux chefs des entités de base aussi boycotté dans plusieurs quartiers. Peut-être que les récalcitrants seront punis un jour. Les récalcitrants c’est aussi tout le monde qui ne fait pas de Salongo, normalement. Ou je dis faux ? Entre temps, ce petit désordre, comme on peut l’appeler, se normalise et rend inutile et sans effet le communiqué du Maire, même s’il est encore dans son premier mois. Ne dit-on pas que le début annonce la fin. Et la ville continue d’être sale, une poubelle, une future Kinshasa, sous les yeux de ceux qui veulent être propres dans un environnement sain.
Patrick Kalungwana